Châtiment collectif au pays du Cèdre

 Analyse à chaud du diplomate Jean-Jacques Joris qui vient de terminer sa mission de trois ans dans les territoires occupés.
Un ex-«ambassadeur» atypique en partance pour le Colorado, où il retourne sur les bancs de l’Université étudier la psychologie.
Interview publiée dans la TdG du 21/07/06
Propos recueillis par Claudine Girod
CG: Quelle lecture faites-vous des opérations de Tsahal au Liban et à Gaza?
JJJ: Cela relève du châtiment collectif qui, je pense, est profondément inscrit dans la doctrine du gouvernement israélien. Rappelons les faits: trois soldats israéliens sont prisonniers: le caporal Shalit, kidnappé par un groupe palestinien, et deux autres soldats qui ont été capturés par le Hezbollah. Le résultat: plus de 300 morts dont une écrasante majorité de civils… On constate une nouvelle fois que chaque victime israélienne coûte un nombre infiniment plus grand de victimes arabes – qu’elles soient libanaises ou palestiniennes. Or, toute déstabilisation du côté palestinien, libanais ou ailleurs dans la région ne favorise que les extrémismes. Tel-Aviv comme Washington feignent de ne pas le comprendre mais les faits sont là: la stratégie d’affaiblissement de l’Autorité palestinienne depuis six ans a conduit à l’élection du Hamas… Bush et Olmert devraient le
savoir… Quand Bush affirme que «le problème c’est le Hezbollah, c’est de la poudre aux yeux»!
CG: Quelle menace militaire et quelle capacité de nuisance terroriste représente le Hezbollah pour Israël?
JJJ: Ce que je peux vous dire, c’est que le Hezbollah dispose d’une base populaire au Liban, et désormais dans les territoires occupés, où il comble le vide symbolique laissé par Yasser Arafat. Mais le nœud de l’affaire est ailleurs: aussi longtemps que les problèmes de fond – à savoir la question des frontières, les fermes de Cheeba, la Cisjordanie, Jérusalem-Est, les réfugiés palestiniens – seront repoussés par Israël, le conflit continuera. L’opération «Pluies d’été» à Gaza ne résoudra rien. Dans 6, 12 mois, 3 ou 5 ans, cela recommencera. On traite les symptômes sans s’occuper de la maladie… A chaque fois, l’urgence d’une situation – certes dramatique – fait que la communauté internationale se focalise sur des épiphénomènes…
CG: L’unilatéralisme de Bush et d’Olmert confine-t-il à une forme d’autisme?
JJJ: Je ne sais pas mais ce qui est sûr, c’est que ce problème relève à la fois de la politique, de la psychologie, de la sociologie… La question de la Shoah est largement instrumentalisée par les politiciens… Beaucoup d’Israéliens très intelligents sont persuadés que les Arabes veulent les éliminer parce qu’ils sont juifs… Les politiciens jouent là dessus… A force, ils finissent par croire ce qu’ils racontent… Le plus désolant, c’est de voir qu’un certain nombre de ténors israéliens de l’Initiative de Genève entonnent désormais le même refrain que leur administration.
Leur connaissance du monde palestinien devrait leur permettre de comprendre qu’avec Ismaïl Haniyeh, ils ont un partenaire. Alors, y a-t-il de l’autisme?… Peut-être…

2 Comments

  1. Il y a 3 ans, Jean-Jacques Joris a fait l’objet de tirs venant d’un soldat israélien (il circulait pourtant dans un véhicule diplomatique facilement identifiable). Forcément, après une telle expérience, on est un peu moins disposé à l’indulgence…
    Un « châtiment collectif »? Au-delà de l’aspect psychologique, on peut aussi y voir une dimension religieuse. L’Ancien Testament regorge de ce genre de châtiments, qui fait porter sur une collectivité (parfois une descendance) les actes d’un seul.
    Le terme le plus important dans cette affaire est « disproportionné ». Effectivement, on ne tue pas 300 civils pour l’enlèvement d’une poignée de soldats. On peut tourner les choses comme on le veut, faire intervenir des considérations stratégiques, politiques, ou autres, cela est difficilement justifiable.
    Bien sûr, il faut aussi tenir compte des victimes des attentats du Hezbollah. Possède-t-on des chiffres précis? Combien de morts depuis, disons, un an? Moins de 300? Plus? Un mort en vaut-il un autre?
    Pas de paix avec Arafat, affirmaient certains, dont Sharon. C’est aussi ce qu’était venu clamer Alexandre Adler à l’UNI de Genève, au l’occasion d’un discours où il se prononçait – de manière très directe -pour la disparition physique du chef de l’OLP. Arafat est mort. Où est la paix?

    Zorg

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  2. Ben, Zorg, aujourd’hui c’est toi qui es en pétard! Tu as bien raison de le faire savoir…
    Je connais bien de gens qui somatisent les « événements »…
    De mon côté, chaque jour qui passe, une nausée quasi sartrienne m’envahit… Et j’écoute un peu trop Le Requiem…

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