Farnèseries…

Saluti a tutti!

L’air est-il toujours aussi irrespirable à Genève?

J’ai pris la tangente… Cela me démangeait depuis lundi… d’aller voir ce qui se passait du côté de la Farnesina… Et puis, ce sont les soldes, à Rome aussi… La dérision me gagne… Vous aussi? Serait-ce un ultime mécanisme de défense devant le spectacle de la mauvaise farce de l’été que l’on nous impose… Tragedia del Arte?…

Question capitale, pardonnez mon cynisme: Condoleezza Rice a-t-elle pu se détendre en jouant sur le piano que lui avait mis à disposition l’ambassadeur américain dans sa résidence. Et bien, apparemment non… La secrétaire d’Etat semble avoir troqué les délices de la musique pour un tourisme fast food dans un établissement de la place bondé de tiffosi survoltés par l’affaire du Calcio.

Bref, trêve de plaisanterie. Et oui, il n’y a plus qu’avec la Plaisanterie (3) que l’on peut parler de trêve… A défaut de cessation des hostilités, de cessez-le-feu ou de tout autre vocable qui signifierait la fin des combats et de leur cortège de souffrances… Alors que le bilan des victimes libanaises a dépassé les 600 personnes…

Condie au piano… L’image reste au demeurant fort parlante… La première Dame de la diplomatie américaine tient entre ses mains une partition qu’elle a baptisée « Nouveau Proche-Orient »… et qui ressemble fort à un requiem pour le pays du Cèdre… En avant la Musique, au pas de charge du déclin civilisationnel de l’Empire (1) où Bush vient d’instaurer une journée nationale du Rodéo…

Aux lendemains du Sommet de Rome – première réunion diplomatique d’envergure après trois semaines de combats guerriers – la capitale italienne ne peut se targuer d’un succès. Bien au contraire. Le chemin de la paix n’est pas passé par Rome… Le Tibre, stoique, coule des jours caniculaires… Les casques Bleus – qui ont perdu quatre des leurs – semblent devenus des cibles comme les autres et l’ONU ne parvient pas à une condamnation unanime… Olmert a présenté ses excuses… Une enquete est en cours… Mais on sait ce qu’il advient généralement de ce type d’investigations…

Piazza Farnèse. Presque 9 heures. Rome se réveille doucement. Les éboueurs – les opérateurs de l’environnement comme l’on dit ici – font disparaitre, avec le sourire, les stigmates de la nuit. Quelques quadragénaires lisent la presse du jour, sirotant un expresso… D’autres promènent leur toutou avec une nonchalante élégance tandis que des nonnes en coiffe armées de plastic bags gagnent leur Eglise.

Un encravaté sort son costume sombre et sa barbiche du Palais Farnèse – qui abrite l’Ambassade de France – pour dévaliser le kiosque à journaux et s’attaquer à la revue de presse. Je vous épargne cet exercice quotidien, chaque jour un peu plus inquiétant… D’après le ministre israélien de la Justice, le sommet de Rome est un feu vert à la poursuite des opérations de Tsahal… qui vient encore de rappeler plusieurs milliers de réservistes…

On entend dire ici, à Rome, qu’un accord de principe aurait été arraché dans le but de monter une nouvelle réunion – cette fois au siège new yorkais des Nations Unies – la semaine prochaine,  dans l’espoir de déboucher enfin sur un cessez-le-feu.  « La diplomatie helvétique devrait se demander pourquoi la conférence de mercredi a eu lieu à Rome et non pas à Genève qui est en train de perdre du terrain », affirme une source autorisée.

« Les Etats-Unis veulent réduire l’ONU à une simple agence humanitaire », n’hésitait pas à nous déclarer Jean Ziegler, lors d’une interview en juin 2005 (Voir archives Print). Une assertion plus que jamais d’actualité? Blair vient de prendre l’avion, feuilles blanches en main (sic), pour rendre visite à son ami W. Mais qu’attendre de l’homme qualifié par nombre de ses compatriotes de « Caniche » de Bush? En attendant les opérations de Tsahal s’intensifient, celles du Hezbollah aussi… Et voilà Al-Zawahri qui resurgit…

Les diplomaties européennes sont embourbées dans le « dilemme proche-oriental », écrit Thomas Ferenczi dans Le Monde du 28/7. Le chroniqueur européen de citer Romain Gary (2), membre de la délégation francaise à l’ONU en 1958, et son personnage Bagtir, conseiller du Secrétaire général des Nations Unies:  » Nous sommes très exactement une force spirituelle. Il serait absurde de vouloir résoudre les problèmes pratiques et immédiats »…

Paris et Rome usent de la politique extérieure pour faire oublier les méandres de leurs politiques intérieures… Irak, Afghanistan, Liban, Territoires Occupés, les bourbiers prolifèrent… A force de « conflits régionaux » et de « lutte globale contre le terrorisme », QUO VADIS? Il est plus qu’urgent d’apporter des éléments de réponse.

Allez, Ciao, je m’en vais faire un tour sur le Champ de Mars…

1) Emanuel TODD, Essai sur la décomposition de l’Empire américain

2) Romain GARY, L’Homme à la Colombe

3) Milan KUNDERA, La Plaisanterie