Le triste remake libanais

Deux ans après le châtiment collectif imposé par Tsahal au Pays du Cèdre,  le Liban semble à nouveau sur le point de sombrer dans la guerre civile. Au point que les diplomaties arabes réunies à Doha s’évertuent à trouver une issue à une crise sans qu’aucune lueur d’espoir ne vienne jusqu’ici éclaircir l’horizon levantin.

Si le Hezbollah a tenu tête à l’une des plus grandes armées du monde, comment ne pas comprendre qu’il dispose bien d’un réel soutien et d’une popularité croissante au sein de la population libanaise comme syrienne. Comment ne pas craindre que la paix armée arrachée de haute lutte l’été 2006 ne dégénère en conflit direct. Plusieurs signes le laissent hélas augurer.

Les Nations Unies, toujours en première ligne sur un terrain miné, ont ici aussi les mains liées et restent cantonnées à un rôle d’observateur.  La diplomatie française, autrefois décisive dans la région, ne brille guère par son discernement. Même si, après avoir bêtement, rompu ses relations diplomatiques avec Damas, Paris les a renouées dernièrement. La récente visite de G. W. Bush en Egypte ne montre aucun signe d’un quelconque infléchissement de la politique internationale menée par Washington.

Faut-il enfin désespérer des Libanais, plus divisés que jamais? La Suisse du Proche-Orient n’est plus que l’ombre d’elle-même… Toujours sans présidence, un gouvernement paralysé depuis plusieurs mois, des côtes polluées, le Sud miné du pays miné par des tonnes de bombes à sous-munitions déversées pendant les derniers jours de la guerre de 2006, ravagé par plus de trente de guerre – larvée ou ouverte -, coincé géopolitiquement entre Damas et Téhéran…

Un basculement dans le camp démocrate de l’autre côté de l’Atlantique n’infléchirait hélas en rien la position américaine sur ces dossiers. Et sans le soutien de Washington, tout commencement de progrès dans la région est voué à l’échec. Le mandat de la FINUL 2 reste impossible à tenir… Le Hezbollah n’est pas disposé à accepter d’être désarmé sans contre partie; on peut le comprendre.

Last but not least, le dossier palestinien dont dépend tout l’équilibre de la région, reste abandonné aux calendes grecques. Le Quartet est devenu aphone ; on abandonne Gaza, véritable prison à ciel ouvert, faut-il encore le rappeler…

On refuse de parler au Hamas– pourtant démocratiquement élu sous contrôle international… et ce faisant, on prend le grand risque de provoquer un enracinement de l’intégrisme islamiste et de faire des Territoires occupés un « Gazastan » où les filiales d’Al Qaida auront – si ce n’est déjà fait – toute latitude pour tirer profit des échecs de « l’impérialisme américain ».

On ne fait pourtant la paix qu’avec ses ennemis… Israël – qui fête son 60e anniversaire – veut-il encore vraiment la paix ou, deux ans après avoir été tenu en échec par une poIgnée de combattants du Hezbollah, continue-t-il de s’enfoncer dans un déni de réalité géopolitique. Le Hezbollah est-il vraiment le problème ou bien n’est-il que de la poudre aux yeux jetéE à l’opinion par une Administration Bush dont l’incompétence au Moyen-Orient est manifeste.

Claudine Girod/Palais des Nations