Hommage au diplomate féministe Farag Moussa, par Laurence Bézaguet

Il fut haut fonctionnaire international et président de la fédération internationale des inventeurs:

Farag Moussa nous a quittés à l’âge de 91 ans.

Le docteur en sciences politiques avait démarré sa carrière au Ministère égyptien des affaires étrangères en 1951.

Par Laurence Bezaguet Grobet

Publié dans La Tribune de Genève

Le docteur en sciences politiques avait démarré sa carrière au Ministère égyptien des affaires étrangères en 1951.

Photo de GEORGES CABRERA

Il fut diplomate égyptien, haut fonctionnaire international et président de la Fédération internationale des inventeurs: Farag Moussa est décédé le 28 février à l’âge de 91 ans. Cet homme élégant et raffiné était aussi un allié de la cause des femmes. Pas surprenant qu’il ait épousé en 1997 la reporter féministe genevoise, Laurence Deonna, avec qui il a partagé cinquante ans de sa vie.

Né le 8 mai 1929 à Addis-Abeba, en Éthiopie, où son père, diplomate lui aussi, représentait l’Égypte auprès de l’empereur Hailé Sélassié, ce docteur en sciences politiques avait démarré sa carrière au Ministère égyptien des affaires étrangères en 1951, avant de rejoindre la Ligue des États arabes dès 1959. Expert en relations internationales, il gardait un souvenir magique de la signature des Accords d’Évian le 18 mars 1962: «Sous protection helvétique, la délégation algérienne séjournait au Signal-de-Bougy. En tant que diplomate de la Ligue arabe, on avait des passe-droits et on a pu vivre en direct ce grand événement historique!»

Farag Moussa détenait une autre belle corde à son arc: la passion du monde de l’innovation, qu’il a pu développer lors de ses vingt ans d’activités au sein de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle dès 1970. Et plus particulièrement la passion des inventrices. Farag a ainsi créé un prix spécial en leur honneur au Salon des inventions de Genève et rédigé pas moins de onze livres sur ces dames créatrices!

En juin 2014, nous avions interviewé cet homme aux traits fins, gracieux comme un pharaon, alors qu’il présentait «Égyptien et diplomate»… son dix-septième ouvrage. Un récit consacré à son père, décédé alors que Farag n’avait pas dix-huit ans. Le fils écrivain avait dû s’adonner à un méticuleux travail de recherche à Londres, à Paris, à Rome pour suivre l’itinéraire hors norme de son père Farag Mikhaïl Moussa, pionnier de la diplomatie égyptienne dans les années 1920-1940. De Washington à Berlin en passant par Addis-Abeba, Rome, la frontière hispano-française pendant la guerre civile d’Espagne, Le Caire et Alexandrie, cet homme a croisé de nombreuses personnalités qui ont marqué l’histoire.

Milieux sans frontières

«Cette période égyptienne de l’entre-deux-guerres est assez méconnue, notamment parce que la révolution du début des années 50 et le règne de Nasser ont effacé le passé, expliquait Farag Moussa. J’ai souhaité participer à sa réhabilitation. Les lecteurs découvriront ainsi l’ouverture d’esprit qui caractérise cette époque oubliée.» Celle du fameux Quatuor d’Alexandrie de l’écrivain britannique Lawrence Durrell… Fils d’une Américaine de Washington, Farag Moussa a lui-même vécu dans ces milieux sans frontières toute sa vie.

Le multiculturalisme, le goût de l’écriture, de la beauté et des voyages, l’ont rapproché de sa femme, elle-même spécialiste du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Amateur, entre autres, de cuisine et de promenade au parc Bertrand avec leur petit chien, Farag aimait aussi aller à Paris pour voir son fils Sarga, né d’un premier mariage, ainsi que Geneviève et Christophe, ses petits-enfants.

Farag Moussa détenait une autre belle corde à son arc: la passion du monde de l’innovation, qu’il a pu développer lors de ses vingt ans d’activités au sein de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle dès 1970. Et plus particulièrement la passion des inventrices. Farag a ainsi créé un prix spécial en leur honneur au Salon des inventions de Genève et rédigé pas moins de onze livres sur ces dames créatrices!

«Cette période égyptienne de l’entre-deux-guerres est assez méconnue, notamment parce que la révolution du début des années 50 et le règne de Nasser ont effacé le passé, expliquait Farag Moussa. J’ai souhaité participer à sa réhabilitation. Les lecteurs découvriront ainsi l’ouverture d’esprit qui caractérise cette époque oubliée.» Celle du fameux Quatuor d’Alexandrie de l’écrivain britannique Lawrence Durrell… Fils d’une Américaine de Washington, Farag Moussa a lui-même vécu dans ces milieux sans frontières toute sa vie.

1 Comment

  1. Très belle synthèse de la vie exceptionnelle du grand citoyen du monde et féministe de la première heure que fut Farag Moussa, l’égyptien.

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