L’enfer du KL Natzweiler-Struthof

Pour la première fois, un chef de l’Etat français s’est rendu hier dans la chambre à gaz de l’ancien camp de concentration KL Natzweiler, sur les contreforts de la forêt vosgienne, en Alsace, à l’occasion de la Journée nationale de la Déportation.

Ouvert par les Nazis en mai 1941 au lieu-dit « le Struthof », le KL Natzweiler fut le seul camp de concentration jamais été érigé sur le sol français, l’Alsace ayant été annexée par le Reich allemand en 1939.

Une chambre à gaz y a été construite en 1943 à la demande des médecins nazis Hirt et Bickenbach qui procédèrent à des expérimentations médicales. Une horreur d’autant plus insupportable comme on sait que Hitler avait édicté une loi interdisant les expérimentations… sur les animaux!

Dans cette chambre à gaz ont péri 86 juifs qui avaient été transférés du camp d’Auschwitz mais aussi des Roms.

Leurs cadavres furent découverts par les Alliés lors de la Libération de Strasbourg et identifiés bien plus tard par le journaliste allemand Hans-Joachim Lang.

Parmi les déportés de ce camp, on dénombrait 60% de prisonniers politiques et de résistants, 11% de Juifs, des Tsiganes, des homosexuels, des Témoins de Jéhovah d’une trentaine de nationalités. Tous utilisés par les Nazis comme des esclaves pour exploiter une carrière de granit rose.

Le Président Hollande, accompagné de nombreux officiels européens, s’est recueilli avec une grande solennité et une profonde émotion dans la pièce des autopsies, des expérimentations, des urnes et du four crématoire et devant la fosse aux cendres, en présence de 10 jeunes descendants de déportés.

Le témoignage le plus émouvant et le plus poignant fut sans conteste celui de l’ancien déporté Robert Salomon âgé de 90 ans. Nous étions des NN, Nacht und Nebel, De ceux qui devaient disparaître sans laisser de traces… », a-t-il rappelé dans un discours bouleversant qu’il a achevé en sanglots par un « Vive la France, vive l’Europe, vive la paix ! »

Dans son uniforme de prisonnier à rayure portant le matricule 11908, le résistant, malgré le poids des ans, a courageusement raconté « l’enfer d’Alsace, la faim, la torture… dans ce haut lieu de terreur et de pleurs. »

Un lieu qui, avant la guerre, était synonyme de promenade et de ski…

A partir de 1941, les décrets Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard) prévoyaient une déportation secrète des résistants d’Europe occidentale. Ils étaient déportés sans même que la famille en soit informée.

Ne pas savoir où ils sont conduits était considéré par les Nazis comme une arme psychologique.

Sans en avoir la certitude, les historiens pensent que Hitler avait repris l’expression « Nacht und Nebel » de l’opéra wagnérien, L’Or du Rhin.


Texte et photos: Claudine Girod