A Strasbourg le 1er mai se fête au pluriel et sous le soleil

Près de 2000 personnes ont répondu à l’appel des syndicats à Strasbourg pour la journée internationale des travailleurs, le 1er mai. Dans la capitale alsacienne, des revendications multiples et variées, majoritairement de gauche, se sont exprimées sous le soleil, dans une bonne humeur partagée.

« C’est pas la fête du travail, c’est la journée internationale des travailleurs ! », lance Camille, comme une réponse prémonitoire au Président qui publiera quelques heures plus tard sur Twitter : « Le 1er mai est la fête de toutes celles et ceux qui aiment le travail, le chérissent… ». Ultime provocation d’un Chef de l’Etat enlisé depuis cinq mois dans une crise sociale et politique inédite dont personne ne voit l’issue.

Pendant deux heures, près de 2000 personnes ont défilé selon un parcours validé par la préfecture. Le cortège s’était donné rendez-vous Place du Maréchal de Lattre de Tassigny. Destination : la Place Kleber par le Quai des Pêcheurs avant de traverser la Place Broglie pour arriver face au Palais Universitaire, emprunter le Quai des Bateliers, rejoindre la Place d’Austerlitz par la Rue de Zurich et revenir à leur point de départ. Sans aucun affrontement avec les forces de l’ordre.

Des revendications plurielles

Aujourd’hui, il y a « plus de monde que les autres années », estime Laurence, la quarantaine qui ne « rate jamais une manif du 1er mai ». Les syndicats – CGT, FSU, Solidaire… – et partis politiques de gauche – PS, Génération, LFI… – sont présents dans le cortège. On remarque l’absence de la droite et de l’extrême-droite. Sans doute ces dernières ont-elles fait le déplacement à Metz où la leader du Rassemblement national Marine Le Pen est annoncée.

Parmi les quelque 2000 personnes qui défilent dans les rues de la cité strasbourgeoise, on compte une centaine de Gilets jaunes et surtout de nombreux citoyens de tous horizons. Les retraites, l’augmentation du SMIC, le RIC, le climat, le droit des femmes, les réfugiés, les kurdes, les palestiniens… Autant de causes défendues par les manifestants du 1er mai à Strasbourg.

Une trentaine de salariés de l’usine d’Erstein de Cristal Union sont là eux aussi tandis que 70 postes de l’activité de conditionnement de sucre de l’usine sont actuellement menacés, après une année 2018 dans le rouge liée à la fin des quotas sur les betteraves et à la hausse de la concurrence mondiale.L’arrêté anti-mendicité, récemment signé par le maire socialiste de Strasbourg Roland Ries, essuie de vives critiques.

Le travail: une question de dignité

« Chacun doit se rassembler dans la lutte », juge Margot. « On a beaucoup de revendications communes », souligne l’assistante d’éducation d’une vingtaine d’années venus par solidarité avec ses collègues qui « gagnent une misère, ont des enfants à nourrir et n’arrivent pas à joindre les deux bouts ».

De nombreux Allemands ont franchi le Rhin pour manifester aux côtés des Strasbourgeois. « L’Alsace a cet avantage d’être une zone frontalière où il y a toujours eu énormément de luttes sur les deux rives», analyse Bastien, qui rappelle la dimension internationale de cette journée.

« Pour moi le 1er mai, c’est avant tout la dignité par le travail », clame Laurence. « Le travail peut aussi être synonyme de liberté, ajoute-elle. Surtout pour les femmes, ça nous permet de ne pas dépendre des hommes. Malheureusement aujourd’hui, c’est bien plus synonyme de contrainte que d’émancipation ».

Reportage et crédit photo : Fanny Perrette / Edité par Claudine Girod et Marie Sprauer

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