Paris : Un premier Mai sous tension

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La manifestation du premier Mai 2019 fut assez particulière à couvrir notamment avec son lot de difficultés. La première étant d’atteindre le cortège face à des rangées de forces de l’ordre (7500 personnes auraient été déployées sur la journée). Sur plusieurs contrôles, on me refuse le passage malgré ma volonté de justifier de mon activité professionnelle de photoreporter. Pas de carte de presse, pas de protections, casque compris, et sans compromis.

Une fois ayant réussi à intégrer le cortège en suivant une brigade de police discrètement, j’arrive sur une avenue noire de monde (40 000 personnes selon certaines sources, entre syndicats, « gilets jaunes », « blackblocs » et citoyens sans étiquette). Les gaz lacrymogènes ont déjà commencé, malgré le fait que le cortège ne soit pas encore parti. Des affrontements s’ensuivent au milieu du cortège, notamment devant le restaurant La Coupole.

Plus tard, le cortège avance, quadrillé de tous les côtés par les forces de l’ordre. Rapidement, il sera pareillement émaillé d’affrontements, de salves et de charges, même dans des endroits bien plus calmes que la « tête de cortège ». Au niveau de l’hôpital Pitié Salpetrière, une grosse partie du cortège est coincé entre les FDO, mais reçoit du gaz lacrymogène. Les ruelles sont bouchées de monde et du gaz apparaît au loin. La nasse s’étend sur plusieurs centaines de mètres.

De retour dans la partie la plus calme, ma collègue bénévole, encore étudiante et sans protections, reçoit une tête de grenade lacrymogène fumante derrière l’oreille, en tentant de fuir une charge surprenante dans le cortège. Après cet événement, on ne sait plus où aller, ni où donner de la tête, les ruelles sont bouchées, les gens vont dans tous les sens… On se retrouve dans des endroits où l’on ne devrait pas… Lire la foule est difficile.

Des débris et dégradations jonchent la rue. Quelques rares magasins sont vandalisés. Plusieurs feux sont allumés, puis éteints. Finalement le cortège repart et arrive vers la place d’Italie, non sans quelques nouveaux heurts, notamment devant l’Hôtel de Police. Pour sortir, il faut de nouveau passer un barrage filtrant. Cette fois-ci je n’y coupe pas, on me confisque lunettes et petit masque à gaz « ffp3 ». On me laisse tout de même mon casque. On oblige également aux « gilets jaunes » de déposer leur symbolique gilet, comme une humiliation d’après-bataille, où l’on déposerait les armes.

Martin Lelievre / BWB-Press/ Bloggers Without Bordersmartin rond