Un retour à l’école entre angoisses et incompréhensions

Reportage à Strasbourg

Après deux mois de confinement, à quelques heures du retour à l’école, parents et enfants sont parfois désorientés face à une rentrée des classes totalement inédite. Malgré les nombreuses procédures mises en place dans le but d’assurer une « sécurité sanitaire », nombreux sont ceux qui s’inquiètent du risque d’une seconde vague de l’épidémie. Si la rentrée est qualifiée de test par les autorités, des voix s’élèvent pour dénoncer l’impréparation et l’incompétence du gouvernement.

Jean-Michel Blanquer, le Ministre de l’Education nationale, le concède dans les colonnes du JDD : il s’agit davantage d’une « reprise » que d’une rentrée. «Tout ne sera pas parfait.», prévient-t-il, évoquant une « amorce », acte majeur du déconfinement.

Tous les enfants de France ne seront pas sur les bancs de l’école ce lundi. Bien au contraire. Le retour en classe n’est en effet pas obligatoire: le choix est laissé aux parents. Un élève sur six est attendu. Le retour à l’école s’annonce complexe après deux mois de cours à la maison. Avec la crise sanitaire, les appréhensions des parents se font de plus en plus vives. Pour ceux qui ne veulent pas envoyer leurs enfants dans les établissements scolaires, la recherche d’un moyen de garde devient l’une des priorités : «Je vais pouvoir le faire garder par ma mère. Mais si je n’avais pas cette solution j’aurai dû le remettre à l’école», explique Kévin, 28 ans, papa d’un petit garçon de 8 ans.

Aux yeux de certains parents d’élèves, ce retour à l’école semble prématuré. Les personnels d’éducation, quant à eux, sont déjà sur le pied de guerre pour accueillir les enfants dans les meilleures conditions possibles.

Les salles de classes n’attendent plus que les élèves. Ecole du Stockfeld, Strasbourg C.Photo : Marie Sprauer

Des procédures pour limiter le risque d’infection

Dans les territoires proches des foyers infectieux, les incertitudes des parents sont encore plus perceptibles. Le Grand Est est en première ligne face au covid-19 depuis le début de la crise. Classée zone rouge, la région va devoir redoubler d’efforts pour assurer la continuité des cours en toute sécurité. Classes réduites, filtrage des entrées et respect des distances sociales…

À Strasbourg, l’école du Stockfeld s’organise pour limiter le risque d’infection. En testant l’accueil des CM1-CM2 dès ce lundi, la ville veut vérifier le bon fonctionnement des protocoles de sécurité mis en place avant de renvoyer tous les niveaux en classe. «Je dirais que cette rentrée du 11, qui est progressive et adaptée aux situations locales, est en réalité une espèce de pré-rentrée par rapport à la celle de septembre», considère Roland Ries, le maire de Strasbourg.

Les petites tables, habituellement collées deux par deux, vont être éloignées pour assurer un espace de 4m² par enfant. L’établissement et le matériel pédagogique seront systématiquement désinfectés après chaque journée de cours. Objectif: limiter les déplacements des élèves et décaler les récréations pour que les différents groupes ne se croisent pas.

Le maire de Strasbourg, Roland Ries (à droite) épaule le personnel éducatif pour la mise en place des protocoles de sécurité C.Photo : M.Sprauer

Un sentiment d’incompréhension

Les protocoles de sécurité ne suffisent pourtant pas à rassurer l’ensemble des parents d’élèves, soucieux de la santé de leurs enfants. Ils sont beaucoup à ne pas comprendre cette réouverture des établissements scolaires. «Je trouve que ce retour à l’école est prématuré. Quand on entend nos dirigeants parler, je pense que c’est plus une question d’économie que de crise sanitaire.», déclare Kévin, jeune papa de 28 ans.

La perte de confiance vis-à vis du gouvernement se répand chaque jour davantage dans une large partie d’une population française fracturée par la multiplication des conflits sociaux depuis le début du quinquennat Macron. Près des deux tiers des parents n’envisageraient pas d’envoyer leurs enfants à l’école ce 11 mai, selon un sondage d’Odoxa-Dentsu Consulting.

Depuis le début de la crise, les critiques sont légion sur les réseaux sociaux. Entre ceux qui défendent le retour à l’école pour rependre un rythme de vie normale et les autres qui y voient un moyen de forcer le retour des parents au travail, les débats font rage.

Marie Sprauer